Vous êtes ici:     Accueil > Editos & Opinions > Les nuées de 2012
  Accueil  |   Liens  |  Qui sommes-nous?  |  Ecrivez-nous |  Nous soutenir |  RSS - Suivre la vie du site  

Dossier

Les nuées de 2012
Imprimer dans une nouvelle fenêtre !   
Publié le 10 janvier 2012

Par Jean DANIEL

Le plus saisissant, chez les prévisionnistes de tous bords, c’est qu’ils en sont réduits à ne faire que des paris.

La tradition veut que l’on fasse des bilans pour Noël et des projets pour le Nouvel An. Il était évident que, dans son allocution de fin d’année Nicolas Sarkozy bousculerait ce rite puisqu’il entendait marteler que les épreuves de l’avenir sont pétries des imprudences de l’an passé. Et si l’on regarde les choses de plus haut, Bernard Guetta a raison de se demander si l’année la plus proche de celle que nous venons de vivre ne serait pas - à une tout autre échelle, certes -…1968 ?

Dans les deux cas, nous avons assisté à un soulèvement de la jeunesse contre les chefs installés ou les despotes, à une révolte animée par des contestataires qui n’avaient, eux, ni chefs ni idoles. Dans les deux époques, nous avons vu se développer, par effet de contagion, des réactions en chaîne. En 1968, il y a eu le Mai de Paris, les hippies de Californie, les Brigades Rouges de Rome, la bande à Baader de Berlin, avec l’explosion d’un gauchisme libertaire souvent confisqué par un néo-marxisme plus ou moins violent. Aujourd’hui, à partir du "printemps arabe" et à la stupéfaction générale, nous voyons émerger et s’enflammer une exigence de dignité qui déborde de l’Orient pour atteindre jusqu’à la capitale de toutes les Russie.

2012 hérite des convulsion de 2011

Il faut évidemment éviter la facilité des comparaisons et des rapprochements illusoires. Il reste que l’année 2012 sera l’héritière turbulente de toutes les convulsions de l’année 2011, avec deux facteurs supplémentaires : celui, gigantesque et dévastateur, de la crise, et celui des consultations électorales en France, aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays. C’est à la fin de cette année, par exemple, que l’on saura si, en Tunisie, après avoir vaincu le despotisme arabe, les islamistes seront capables d’inventer non pas une démocratie islamiste, mais une démocratie musulmane.

La définition du génocide appartient aux historiens

Je n’en ai pas fini avec mon impatience devant le projet de loi – à l’origine duquel on trouve des socialistes !- visant à pénaliser toute négation du "génocide" des Arméniens par les Turcs en 1911. Je m’aperçois d’ailleurs qu’en mettant des guillemets à "génocide", je tombe déjà sous le coup de cette future loi.

Alors je répète que les hommes politiques ne peuvent pas prétendre aux plus hautes responsabilités et au statut d’hommes d’Etat s’ils ne se rendent pas compte qu’accuser un autre pays de "génocide" à propos d’une tragédie sur laquelle les historiens continuent de se diviser - et alors que l’on s’apprête à saluer le 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, où, pendant la guerre que les Français y ont livrée, des opérations de type "génocidaires" leur ont été parfois reprochées -, c’est faire preuve d’une cécité déconcertante.

De toute manière, la définition du génocide appartient aux historiens, non aux politiques. On m’oppose qu’il y a en France, à la veille des élections, trois minorités arméniennes structurées, en Provence, à Lyon, en Ile de France, et que la loi envisagée a pour but de s’attirer leurs voix. La rivalité démocratique imposerait en somme, l’irresponsabilité.

Eh bien non ! Ce serait au contraire, à mes yeux, l’occasion exceptionnelle d’une politique bipartisane. Les grandes formations politiques de gauche et de droite devraient décider ensemble de renoncer à promulguer une nouvelle loi mémorielle, après les lois Gayssot et Taubira. Au moins ces deux dernières lois respectaient-elles l’esprit du Tribunal de Nuremberg : il y a génocide non pas simplement lorsqu’il y un crime plus ou moins collectif mais lorsqu’il y a intention d’extermination. Le cas n’est nullement prouvé en ce qui concerne les massacres des Arméniens par les Turcs.

Pour Israël, l’effet sera encore plus désastreux

J’apprends maintenant que les Israéliens n’entendent pas réserver aux Français l’exclusivité de l’erreur et qu’ils s’apprêtent à voter en faveur du désir des Arméniens d’être considéré comme un peuple victime d’un génocide. Pour Israël, l’effet sera encore plus désastreux.

Après avoir laissé passer l’occasion de se réconcilier avec la Turquie, en présentant quelques vagues formules d’excuses pour avoir abattu au moins cinq militants turcs de la cause Palestinienne qui avaient tenté de ravitailler par la mer la bande de Gaza, voici qu’ils vont achever de perdre la seule grande puissance musulmane qui était pour eux une alliée irremplaçable. Mais les Israéliens ne savent plus où ils vont. L’histoire retiendra le jour où ils ont demandé à leurs alliés politiques au sein des Etats-Unis d’organiser au Congrès une cérémonie injurieusement humiliante pour la Maison Blanche, en réservant une ovation historique à Benjamin Netanyahou qui venait pourtant de mettre en question l’autorité de Barack Obama.

"A l’Est rien de nouveau"

Après la chute du Mur de Berlin, j’ai publié un livre d’entretiens avec l’historien soviétique dissident Youri Afanassiev ("A l’Est rien de nouveau"). L’immense surprise que m’a réservé mon interlocuteur, ce sont ses confidences presque complaisantes sur les sanglots que lui avait arrachés la mort de Staline, alors que son propre père avait été plusieurs fois incarcéré par le KGB. Devenu anti-communiste militant, il arrivait pourtant à expliquer qu’on pût appeler Staline "le Petit Père des Peuples". Avec la mort de ce dernier tsar, une grande fresque de l’éternelle Russie s’effaçait sur le mur de l’Histoire. On peut comprendre, après cela, quelle fût l’humiliation des Russes de voir leur liberté nouvelle, leur démocratie enfin conquise, associées au capitalisme sauvage, à la spéculation, à la prédation, à la vulgarité et au règne de l’argent sous toutes ses formes.

Jena DANIEL
Lien/Source : Le Nouvel Observateur





Mémorial

De l’Anatolie orientale (1914-1922) à l’Azerbaïdjan (1988-1994), les massacres de masse et les atrocités perpétrés par les Arméniens sur les populations turco-musulmanes ont fait plus d’un million de morts.

Pour les victimes sans sépulture de ces génocides inavoués un Mémorial Virtuel a été érigé.

Ce Mémorial est également dédié aux dizaines de victimes du terrorisme arménien (1975-1985) qui a fait couler le sang d’innocents dans les grandes villes d’Europe et des Etats-Unis.

Ensemble, brisons le mur du silence et de l’oubli... Pour que la mémoire vive !

Accès au Mémorial